Page:Dante Alighieri - La Vie nouvelle, traduction Durand Fardel.djvu/161

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tiste. D’ailleurs son âme a toujours été hantée par la pensée de notre fin mortelle, elle s’y complaisait ; et l’on pourrait dire que le poète de la Divine comédie a vécu dans la mort.

Dès les premières expressions de son amour juvénile et craintif et dans les courts épanouissemens de ses béatitudes, on sent toujours planer au-dessus de ses joies comme de ses douleurs la conscience que l’image de son idole ne tardera pas à s’évanouir, et une ardente aspiration à s’en aller avec elle.

Mais ce n’est pas seulement un des caractères les plus originaux de la poésie de Dante ; c’est également un des caractères de toute la poésie du dolce stil nuovo, cette mélancolie qui jette son ombre sur les manifestations les plus joyeuses et les plus passionnées[1]. C’est ainsi que, peu après lui, Pétrarque célébrait les triomphes de la Mort, entre les triomphes de l’Amour et ceux de la Renommée.

Laissons passer plusieurs siècles, et nous entendrons le poète de la tristesse et de la désespérance nous redire, comme les rimeurs du dolce stil nuovo, que : con l’amoroso affetto un desiderio

  1. Scherillo, alcuni capitoli della vita di Dante.