Page:Danton - Discours (1893).djvu/19

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
— 15 —

le gouvernement qui l’aura entraînée dans cette guerre du despotisme contre un peuple libre. Elle renversera ce ministère stupide qui a cru que les talents de l’ancien régime pouvaient étouffer le génie de la liberté qui plane sur la France. Ce ministère renversé par l’intérêt du commerce, le parti de la liberté se montrera, car il n’est pas mort ; et si vous saisissez vos devoirs, si vos commissaires partent à l’instant, si vous donnez la main à l’étranger qui soupire après la destruction de toute espèce de tyrannie, la France est sauvée et le monde est libre.

Faites donc partir vos commissaires : soutenez-les par votre énergie ; qu’ils partent ce soir, cette nuit même ; qu’ils disent à la classe opulente : il faut que l’aristocratie de l’Europe, succombant sous nos efforts, paye notre dette, ou que vous la payiez ; le peuple n’a que du sang ; il le prodigue. Allons, misérables, prodiguez vos richesses. (De vifs applaudissements se font entendre.) Voyez, citoyens, les belles destinées qui vous attendent. Quoi ! vous avez une nation entière pour levier, la raison pour point d’appui, et vous n’avez pas encore bouleversé le monde. (Les applaudissements redoublent.) Il faut pour cela du caractère, et la vérité est qu’on en a manqué. Je mets de côté toutes les passions, elles me sont toutes parfaitement étrangères, excepté celle du bien public. Dans des circonstances plus difficiles, quand l’ennemi était aux portes de Paris, j’ai dit à ceux qui gouvernaient alors : Vos discussions sont misérables, je ne connais que l’ennemi. (Nouveaux applaudissements.) Vous qui me fatiguez de vos contestations particulières, au lieu de vous occuper du salut de la République, je vous répudie tous comme traîtres à la patrie. Je vous mets tous sur la même ligne. Je leur disais : Eh que m’importe ma réputation ! que la France soit libre et que mon nom soit flétri ! Que m’importe d’être appelé buveur de sang ! Eh bien, buvons le sang des ennemis de l’humanité, s’il le faut ; combattons, conquérons la liberté.

On paraît craindre que le départ des commissaires affaiblisse l’un ou l’autre parti de la Convention. Vaines terreurs ! Portez votre énergie partout. Le plus beau ministère est d’annoncer au peuple que la dette terrible qui pèse sur lui, sera desséchée aux dépens de ses ennemis, ou que le riche le payera avant peu. La situation nationale est cruelle ; le signe représentatif n’est plus en équilibre dans la circulation ; la journée de l’ouvrier est au-dessous du nécessaire ; il faut un grand moyen correctif. Conquérons la Hollande ; ranimons en Angleterre le parti républicain ; faisons