Page:Darien, Bas les coeurs, Albert Savine éditeur, 1889.djvu/127

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un grand malheur ! Et comme je souhaiterais, à sa place, que la guerre ne se terminât jamais. J’aime beaucoup Jules et, si j’osais, je lui découvrirais le fond de ma pensée. J’ai guetté l’occasion, depuis plusieurs jours, de le mettre au courant des nombreux défauts que j’ai découverts chez Louise, et l’occasion s’est offerte. Je l’ai manquée. Décidément, je n’ose pas. Il a l’air si triste, ce pauvre Jules, si triste, qu’il me fait pitié. Je n’aurais jamais l’audace d’augmenter son chagrin par des révélations utiles sans doute, mais affligeantes.

― D’ailleurs, m’a dit Léon, tu perdrais ton temps. Il en est toqué, de ta sœur. Est-ce que tu crois qu’elle l’aime, toi ?

Oh ! non, je ne le crois pas. Je suis même certain qu’elle ne l’aime pas. Elle n’aime qu’elle, d’abord. Chaque fois qu’on prononce le nom de Jules, à la maison, on le fait suivre immédiatement de l’énoncé de ses capacités, du chiffre de sa fortune et du montant des appointements que lui alloue la maison de banque Cahier et Cie, de Paris, dont il est un des principaux employés. C’est tout. Une seule fois, un jour que Mme Arnal questionnait sournoisement Louise sur le degré d’affection