Page:Darien, Bas les coeurs, Albert Savine éditeur, 1889.djvu/140

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X


Je viens d’entendre dire, dans une papeterie où j’ai été acheter un cahier, qu’on a aperçu les Prussiens à Ablon. Je me dépêche de rentrer pour porter cette nouvelle à la maison. Ça fera plaisir à mon père ; il soutenait hier à M. Legros que les Allemands seraient à Versailles avant huit jours et M. Legros prétendait qu’ils ne mettraient probablement pas le pied dans le département. Depuis quelques jours du reste, on fait chez nous, du matin au soir, de véritables cours de stratégie. M. Beaudrain, mon père, le marchand de tabac, exposent tour à tour leurs systèmes ; les dames s’en mêlent aussi. On crie sans cesse, on s’emporte souvent, on se dispute quelquefois. Toutes les cinq minutes, mon père s’écrie, en haussant les épaules :

― Laissez-moi donc tranquille !

Et M. Beaudrain lui répond :

― Permettez ! permettez ! Que chacun s’ex-