Page:Darien, Bas les coeurs, Albert Savine éditeur, 1889.djvu/167

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― Ils ne t’ont rien dit en passant ?

― Non, rien… mais ils m’ont regardé d’un air furieux. Un, surtout, qui avait une grande barbe rouge.

En réalité, je ne sais même pas si les Prussiens m’ont vu et j’ignore absolument s’ils avaient de la barbe. Mais je prends ça sous mon bonnet ; ça fait bien. Ça me donne l’air homme. Je murmure même en avançant le menton :

― J’ai bien cru, un moment, qu’ils allaient me tuer.

Ma sœur m’embrasse. Ça ne lui arrive pas souvent. Il faut qu’elle soit rudement émue.

― Les brigands ! s’écrie Catherine. C’est qu’ils en sont bien capables, ces sauvages, de tuer un pauvre innocent ! Pauvre petit ! Quand on pense…

Et sa figure, terrible tout à l’heure lorsque j’ai annoncé l’entrée des Prussiens, devient infiniment douce et triste. ― J’ai honte d’avoir menti.

― Que faire ! que faire ? demande ma sœur en se tordant les mains.

― Il faut fermer tous les contrevents des fenêtres qui donnent sur la rue, répond mon