Page:Darien, Bas les coeurs, Albert Savine éditeur, 1889.djvu/185

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donner ce qu’ils demandent ? ricane mon grand-père.

On s’en garde bien. Et l’on se garde, aussi, de ne pas leur ouvrir sa porte quand ils y frappent, comme ils viennent de le faire chez nous.

C’est moi qui ai été leur ouvrir ― après avoir constaté leur identité par la fenêtre du premier ― et en tremblant bien fort. Ils sont trois : deux grands et un petit. Le petit porte une casquette plate et a une épée au côté. Ce n’est pas un officier, mais il doit avoir un grade. Quel grade ? Il nous l’apprend lui-même en pénétrant dans la salle à manger, où mon père, mon grand-père et ma sœur attendent, debout.

― Bonjour, madame, bonjour, messieurs. Voici un billet de logement pour moi, sous-officier porte-épée au 58e régiment d’infanterie, et deux hommes.

Ma sœur a l’air bien étonnée d’entendre un Prussien parler français ; celui-ci n’est pas vilain, après tout, il a une petite moustache très gentille, des yeux bruns très intelligents. Quant aux soldats qui l’accompagnent, on dirait deux brutes ; et, lorsque leurs regards,