Page:Darien, Bas les coeurs, Albert Savine éditeur, 1889.djvu/71

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VI


Des lampions et des drapeaux, des drapeaux et des lampions. Il y en a partout, au-dessus des portes, aux fenêtres, dans les arbres et aux ridelles des charrettes. Le boueux qui enlève les ordures, le matin, a piqué un étendard d’un sou, surmonté d’une plume rouge, sur le collier de son cheval et la préfecture a arboré une grande bannière, toute frangée, dont le gland d’or balaie le trottoir. Versailles est enrubanné comme un conscrit. Il a l’air d’avoir son plumet aussi ; on ne reconnaît plus les habitants, tellement la nouvelle de la victoire les surexcite. La ville est sens dessus dessous. Je n’ai jamais vu ça. Il y a du monde dans les rues jusqu’à dix heures. Mon père m’a déjà emmené deux fois au café avec lui, et j’ai profité de la cohue ― presque la moitié des chaises est occupée, sur la terrasse ! ― pour demander des grenadines au kirsh. Mon père avale son