Page:Darien - La Belle France.djvu/166

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des riches capitulant devant l’ennemi afin de courir massacrer les pauvres, et rougissant de sang français l’épée dont le travail des prolétaires doit payer la rançon. Eh bien ! s’ils doivent réussir dans leurs projets ; s’ils doivent faire, de la vilaine France qui grimace aujourd’hui, la France immonde qu’ils rêvent pour demain ; je lui souhaite, à cette France, la défaite et l’annihilation. Je le pense, et je le dis. Si la France doit être la caverne des meurtriers, le repaire des affameurs, l’antre des cafards et le lazaret des crétins, il vaut mieux qu’elle cesse d’exister. Il faut qu’elle cesse d’exister. C’est de la destruction de cette France-là que doit naître la France réelle, expression vivante de la liberté et de l’égalité, la Belle France.

L’influence des armées nationales sur l’esprit du peuple, si elles se constituent en réalité, sera excellente. En dehors de la base solide qu’elle aura fournie à la nationalité en faisant du sol de la patrie le patrimoine de tous, l’action en masse — vers un but déterminé, unanimement désiré — préparera à l’action individuelle, y conduira directement. À présent, l’homme n’est qu’un rouage infime dans l’immense et grossière machine de l’esclavage social ; on développe en lui juste assez de sa personnalité pour qu’on puisse lui coller sur le dos une étiquette, avec laquelle il va se vendre. Il ne vit pas, il n’agit pas, il ne travaille même pas ; il se débat avec les circonstances, c’est-à-dire entre les pattes molles de la fatalité ridicule et artificielle à laquelle l’a livré une monstrueuse apathie qui le rendit indigne de la griffe du Destin. L’esprit de l’homme a été obscurci, d’une horrible façon, par les gredins qui le tiennent encore dans leurs chaînes. L’homme doit croire aux Principes, les vénérer. Or, aucun malfaiteur universel, aucun fléau, aucune peste, aucun choléra-morbus, n’a causé la cent millième partie des désastres qu’a occasionnés le plus insignifiant des principes. On a vanté à l’homme les Droits et les Devoirs ; il a cru à leur existence. Les Devoirs sont la résultante de la progression de la vie ; ils ne sont point fixés à jamais, et abstraits ; ce sont des né-