Page:Darien - La Belle France.djvu/179

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beaucoup plus près de triompher qu’on ne le pense généralement ; il ne faudrait pas en juger par ce qui se passe en France ; dans le grand mouvement de rénovation morale qui se prépare, la France pourra peut-être se placer tout d’un coup, par un grand effort, à la tête des nations ; mais actuellement son catholicisme la relègue fort loin d’une pareille situation ; et s’il existe quelques symptômes d’un avenir moins dégradant, la fumée de l’encens empêche de les distinguer. Cet avenir, pourtant, s’indique ; sinon en France, ailleurs ; et derrière les simagrées pompeuses du prêtre sans doute s’ébauche le geste large qui va balayer les simulacres. Les vieilles institutions de l’Église, de la Famille et de l’État existent encore ; leurs piliers vermoulus sont anxieusement étayés par les malheureux dont l’esprit infirme et lâche craint l’écroulement de prisons qu’ils sont descendus à aimer, et par les aigrefins qui ne peuvent exercer les hideux métiers qui les font vivre que dans la pénombre des abattoirs d’âmes. Mais la fureur populaire va battre bientôt, comme un bélier, les murs des temples où l’on vénère l’imposture ; et le grand jour — la lumière du soleil et la clarté des esprits qui restèrent libres — se précipitant par la brèche, illuminant la nef, déchirera les ténèbres qui sont comme un voile tendu devant l’obscénité des idoles.

Ce qui est obscène, et vicieux, et horrible, ce sont les entités et les abstractions malsaines ; les dogmes de la vénération obligatoire, de l’obéissance passive, de la résignation nécessaire, de l’affection forcée ; les préceptes anti-naturels d’humilité, de chasteté, qui ont pour corollaires l’esclavage de l’enfant et la prostitution de la femme ; les mythes abrutissants ; les légendes sanguinaires, légendes de dieux crucifiés pour le salut du monde, légendes d’hommes égorgés pour la gloire de leur drapeau. Ce qui est indécent, immoral, c’est le mensonge qui exalte l’esprit aux dépens de la chair, qui établit une contradiction entre eux afin de conduire l’esprit à l’imbécillité et la chair à l’hystérie ; ce qui est abominable, c’est l’imposture qui sépare l’homme du citoyen, afin de