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âme par une filière de résignations abjectes et d’ignominieuses tolérances ; elle le dégrade, elle l’abrutit. Sous la patte grasse de cette ridicule caricature du Sort, l’Individu disparaît ; c’est un mannequin qui prend sa place, un automate à l’étiquette professionnelle, nationale, ou nationaliste.

C’est surtout dans les pays latins (car il faut laisser à part la barbarie slave), dans les pays latins, où fleurit la centralisation complète dont Rome a besoin pour asseoir sa puissance, que ce travestissement du destin fait sentir son arbitraire. Il se manifeste, en France, par cette dégoûtante politique d’hypocrisies et de compromis qui énerve et avilit la nation, et que ce sera le rôle de l’esprit anti-catholique de répudier avant peu. C’est cette parodie du Sort qui a présidé à la farce du relèvement, depuis 70, qui l’a réglée et mise en scène, masquant le Destin, le vrai Destin, dont le bras, après s’être appesanti sur la France, s’était relevé, mais restait tendu. Si, après la chute de l’Empire, la face du Destin avait pu apparaître, si le honteux simulacre qui avait pris sa place avait été renversé, la France n’aurait connu ni les horreurs imbéciles de la guerre à outrance, ni les convulsions généreuses, mais maladives, de la Commune ; ni les infamies de l’Assemblée « élue dans un jour de malheur » ; ni la crise cléricale qui suivit les immondes représailles de la bourgeoisie ; ni, après une période d’anti-cléricalisme verbeux et infirme, de triomphe incontesté de l’Ultramontanisme. Elle aurait aujourd’hui conscience d’elle-même, n’aurait point derrière elle trente années d’imbécillité bavarde et fanfaronne, et pourrait regarder l’avenir en face. La situation présente de la France est la conséquence directe de la misérable ligne de conduite adoptée, après Sedan, par les gens qui prirent la direction des affaires.

Au 4 septembre, une seule classe d’hommes eût pu sauver la France : les Protestants. À défaut d’une intelligence complète de l’âme du pays, que peut seule donner une connaissance entière du caractère vrai de la Révo-