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l’exploitation de la simplicité publique. Voilà en quoi, principalement, la Presse est un sacerdoce.

Certains journaux sont plutôt mondains, s’occupent de la haute société, savent tout ce qui se passe dans les cours étrangères. Des hommes du monde, disent-ils, leur apportent des renseignements sûrs. Ces hommes du monde existent. J’en ai vu. Mazas aussi.

D’autres gazettes se consacrent plus particulièrement aux lettres ; et offrent à leurs lecteurs des repas intellectuels composés des arlequins les plus disparates et les plus indigestes ; dans ces feuilles, généralement, l’esprit de corps se marie agréablement au patchouli, et le copahu à l’encens ; la combinaison de ces différents parfums forme l’arôme essentiel de la suave existence parisienne qui devient, de plus en plus, celle de la France entière. Certains autres journaux s’adonnent à la haute politique. Ce sont, d’ordinaire, des journaux honnêtes ; dans leurs rédactions le nombre des repris de justice est relativement restreint ; ce sont les mouchards qui dominent. Il faut bien que les mouchards se casent quelque part, eux et leurs casiers (judiciaires) ; ces fonctionnaires — qu’on méprise, je ne sais pourquoi, beaucoup plus que les autres, — ont une façon à eux de présenter les choses ; la lecture d’une gazette barométrique où ils font la pluie et le beau temps, suffit à le démontrer. Cette gazette prouve chaque jour, à cinq heures de relevée, que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes, et même que la troisième république est une république ; elle est fort prisée de la bourgeoisie, dont elle affecte le ton prudhommesque et les manières bénisseuses. On la considère comme un organe de libéralisme. C’est un réceptacle à libéralités.

Quant aux classes supérieures et aux masses, elles n’admettent guère la politique et surtout la politique étrangère que comme accessoire ; les anecdotes, les potins, les scandales, toutes les rengaines pourries qu’on appelle l’actualité, doivent avoir la première place ; et les renseignements sur le jeu, les pronostics, les tuyaux, doivent