Page:Darien - La Belle France.djvu/220

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d’intérêt à rien ; ne lit pas — car parcourir un journal parisien, ce n’est pas lire ; — ne connaît même pas de nom les écrits nouveaux qui ont quelque valeur, qui contiennent des idées ; et dont on lui cache l’existence, de parti-pris ; ne sait pas d’autre langue que la sienne, qu’elle connaît fort imparfaitement ; n’a point de publication périodique sérieuse ; et consacre le peu d’attention dont elle dispose encore, aux ignominies du théâtre. Il ne faut pas oublier non plus que l’infâme presse cléricale, les Croix, les Pèlerins et les Semaines Religieuses, est répandue partout, hebdomadairement, à des millions d’exemplaires ; et que le parti nationaliste possède à son service, en dehors des feuilles qui professent un chauvinisme honteux, un bon nombre de journaux qui prêchent ouvertement, avec approbation de Sa Sainteté, la bonne parole tricolore.

Les rares journaux qui défendent les idées de liberté, ont peine à vivre, et la presse nationaliste prospère. Sa popularité et son succès sont dus, certainement, pour une part, à l’infamie des gouvernants qu’elle attaque ; mais il est dû aussi à l’apathie du peuple qui, au lieu de chercher dans l’action un remède à une situation mauvaise, essaye de le ramasser dans la prose plate des marchands d’invectives ; et qui ne tente d’échapper au tyran d’aujourd’hui que pour se livrer au despote de demain. Le rôle de la Presse nationaliste a été d’ajouter à la sottise et à l’ignorance, qui étaient les caractéristiques du citoyen français fier de ses droits, la férocité et l’hypocrisie. Mon intention n’est point de discuter ici les gentilshommes que la majorité du peuple français a pris pour guides. Quelques-uns affirment que ce sont des coquins ; et il y a du pour ; D’autres assurent que ce sont d’honnêtes gens ; et il y a du contre. Vous voyez que je cherche à être impartial ; et je n’en dirai pas davantage. Ma plume se refuse même à écrire le nom bien français du signor Marinoni. Vous n’y perdez rien.

Je voudrais seulement faire remarquer que la liberté de la presse en France sert simplement d’exutoire aux