Page:Darien - La Belle France.djvu/241

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ils, seront merveilleux ; ils lui parlent d’alliances nécessaires ; d’alliances avec des gens très forts, dont le concours momentané est indispensable, et dont on se débarrassera per fas et nefas lorsqu’on se sera servi de leur échine et de leurs épaules pour se hisser au pouvoir. Il faut rendre aux pontifes du collectivisme français la justice d’avouer que, même dans l’exposé de ces regrettables divagations, ils n’inventent rien. Les malheureux sont, hélas ! hors d’état d’inventer. C’est ainsi que Jaurès, dernièrement, présentait, en la déformant, la thèse soutenue naguère, non sans un talent qui fait défaut au phraseur français, par un Allemand que son séjour en Angleterre, au milieu d’un peuple qu’il ne peut parvenir à comprendre, a perverti intellectuellement.

L’alliance du Socialisme allemand avec les partis libéraux, que préconisait Bernstein pouvait avoir sa raison d’être en Allemagne, c’est-à-dire dans un pays qui est loin d’avoir atteint son développement géographique complet, et où le pouvoir central est très fort. Certainement elle serait légèrement impolitique, ainsi que l’a démontré Kautzky, qui ne se fait sûrement aucune illusion sur la valeur des théories marxistes, mais qui sait qu’elles sont nécessaires, étant donné le caractère allemand, à la cohésion du parti social-démocrate ; cependant, en dépit de tout, et en faisant la part de l’influence mauvaise exercée par l’Angleterre sur l’esprit de Bernstein comme autrefois sur l’esprit de Marx, l’idée d’une pareille alliance pouvait à la rigueur se défendre. Mais, appliquée à la France, elle devient une lamentable absurdité. Jaurès, qui ne s’en aperçoit même pas, parle sans sourciller d’évolution nécessaire du Socialisme ; déclare qu’il ne craint pas pour le parti socialiste des coopérations avec d’autres partis de la classe bourgeoise ; émet pompeusement cette lapalissade : que s’abstenir, c’est nécessairement ne pas agir ; affirme que les syndicats ne peuvent se développer sans se mêler au mouvement capitaliste ; prétend que ces coopérations et ces contacts sont déjà une prise de possession ; prêche le calme, l’union et la fraternité.