Page:Darien - La Belle France.djvu/304

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toutes réformes sont illusoires, ridicules ; transportent la racine du mal d’un point à un autre ; ne la suppriment jamais. Je crois que la question de la Terre est la seule question. Je crois que c’est par la suppression de la propriété individuelle du sol qu’on peut donner la solution du problème que propose à l’homme, depuis tant de siècles, le sphinx de la Misère. Frappez la Terre d’un pied libre, et vous aurez déchiffré l’énigme.

Voilà ce que je crois. Il se peut que je me trompe. Je ne sais pas. Mais si je ne me trompe point, si les déshérités pensent que je ne me trompe point, qu’ils s’efforcent de reprendre la Terre. Que les Pauvres de France, d’abord, s’efforcent de donner la France aux Français ; qu’ils constituent la Patrie Française, en réalité. Leur pays est menacé ; il est en danger ; il est en grand danger. Il a été conduit au bord de l’abîme par la réaction qui le dirige depuis la fin du siècle dernier, mascaradant sous la défroque révolutionnaire. Cette réaction, aujourd’hui, consciente des périls imminents, mais caressant l’espoir de tirer profit, une fois de plus, des malheurs du pays, fait appel au patriotisme creux des imbéciles, leur affirme qu’elle est capable de faire front à toutes les attaques, et que le salut de la France est entre ses mains. Mensonges. Le salut de la France est entre les mains des hommes qui veulent être libres ; qui veulent qu’on fasse un usage immédiat de tous les instruments qui peuvent donner le bonheur et qui sont voués à l’inaction ; que la Terre subvienne aux besoins de tous ; et que l’imbécillité des Riches, qui digère, et l’imbécillité des Pauvres, qui bâille, cessent d’exister. Quant aux saltimbanques du patriotisme, de la fraude, de l’ignorance galeuse et de la trahison, quant aux cabotins du libéralisme à menottes et aux figurants de l’honnêteté à doigts crochus, quant à toutes les fripouilles qui chantent l’honneur, la vertu, les grands sentiments et les grands principes, il est simplement monstrueux qu’ils aient l’audace d’élever la voix. Il faut qu’ils soient bien convaincus, vraiment, que l’échine des Français est faite spécialement pour leurs goupillons, religieux