Page:Darien - La Belle France.djvu/80

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les épaules lorsqu’ils viennent vous dire, avec le grimaud Brunetière, que ce qui constitue « la supériorité de l’amour de la patrie, c’est qu’il est irraisonné. »

Car, si vous vous permettez de rire, de hausser les épaules ; de penser et de dire que ces coquins fiolants sont non seulement des imbéciles, mais des traîtres ; que toute discussion de leurs prétendues doctrines serait dégradante et que le seul argument à employer contre eux, c’est le couperet de la guillotine ; si vous avez l’audace d’afficher de telles opinions, même de les laisser soupçonner, votre sort est immédiatement réglé. On déclare que vous avez cessé d’être Français ; on vous désigne à la haine de la tourbe tricolore et policière ; et l’on vous stigmatise d’un nom terrible, on vous proclame un Sans-patrie.

Nom terrible, certainement ; si terrible que la plupart des gens auxquels il fut appliqué se sont hâtés de protester, d’affirmer avec indignation qu’ils n’étaient pas des Sans-patrie. À tel point qu’on pourrait supposer que le Sans-patrie est une simple création de l’imagination malade des Nationalistes, qu’il n’y a pas de Sans-patrie.

Je dis qu’il y en a ; que, malheureusement, il y en a même beaucoup. Moi, par exemple, j’en suis un.



En fait, c’est le passé qui triomphe aujourd’hui ; nous voulons l’annihiler dans les Idées, dans les pensées, dans les plus profondes convictions de l’humanité.
Herzen.


Je suis un Sans-patrie. Je n’ai pas de patrie. Je voudrais bien en avoir une, mais je n’en ai pas. On me l’a volée, ma patrie !

À tous ceux qui ne possèdent point, à tous les pauvres, à tous ceux qui ne sont ni les laquais des riches ni les bouffons à leur service, on a volé leur patrie. À tous ceux qui sont obligés de travailler pour des salaires dérisoires