Page:Darien - Le Voleur, Stock, 1898.djvu/10

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AVANT-PROPOS



Le livre qu’on va lire, et que je signe, n’est pas de moi.

Cette déclaration faite, on pourra supposer à première vue, à la lecture du titre, que le manuscrit m’en a été remis en dépôt par un ministre déchu, confié à son lit de mort par un notaire infidèle, ou légué par un caissier prévaricateur. Mais ces hypothèses bien que vraisemblables, je me hâte de le dire, seraient absolument fausses. Ce livre ne m’a point été remis par un ministre, ni confié par un notaire, ni légué par un caissier.

Je l’ai volé.

J’avoue mon crime. Je ne cherche pas à éluder les responsabilités de ma mauvaise action ; et je suis prêt à comparaître, s’il le faut, devant le Procureur du Roi. (Ça se passe en Belgique.)

Ça se passe en Belgique. J’avais été faire un petit voyage, il y a quelque temps, dans cette contrée si peu connue (je parle sérieusement). Ma raison pour passer ainsi la frontière ? Mon Dieu ! j’avais voulu voir le roi Léopold, avant de mourir. Un dada. Je n’avais jamais vu de roi. Quel est le Républicain qui ne me comprendra pas ?

J’étais entré, en arrivant à Bruxelles, dans le Premier hôtel venu, l’hôtel du Roi Salomon. Je ne me fie guère aux maisons recommandées par les guides, et je n’avais pas le temps de chercher ; il pleuvait. D’ailleurs,