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Le Voleur




I

AURORE


Mes parents ne peuvent plus faire autrement.

Tout le monde le leur dit. On les y pousse de tous les côtés. Mme Dubourg a laissé entendre à ma mère qu’il était grand temps ; et ma tante Augustine, en termes voilés, a mis mon père au pied du mur.

— Comment ! des gens à leur aise, dans une situation commerciale superbe, avec une santé florissante, vivre seuls ? Ne pas avoir d’enfant ? De gueux, de gens qui vivent comme l’oiseau sur la branche, sans lendemains assurés, on comprend ça. Mais, sapristi !… Et la fortune amassée, où ira-t-elle ? Et les bons exemples à léguer, le fruit de l’expérience à déposer en mains sûres ?… Voyons, voyons, il vous faut un enfant — au moins un. — Réfléchissez-y.

Le médecin s’en mêle :

— Mais, oui ; vous êtes encore assez jeune ; pourtant, il serait peut-être imprudent d’attendre davantage.

Le curé aussi :

— Un des premiers préceptes donnés à l’homme…

Que voulez-vous répondre à ça ?

— Oui, oui, il vous faut un enfant.