Page:Darien - Le Voleur, Stock, 1898.djvu/42

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III

LES BONS COMPTES FONT LES BONS AMIS


J’ai suivi le conseil d’Issacar, et je suis ingénieur. Où, comment j’ai connu M. Issacar, c’est assez difficile à dire. Un jour, un soir, une fois… On ne fait jamais la connaissance d’un Israélite, d’abord ; c’est toujours lui qui fait la vôtre.

M. Issacar compte beaucoup sur moi ; il m’intéresse pas mal ; et nous sommes grands amis. C’est très bon, une amitié intelligente librement choisie, lorsqu’on n’a connu pendant longtemps que les camaraderies banales imposées par le hasard des promiscuités. M. Issacar est un homme habile ; il a des projets grandioses et il m’a exposé des plans dont la conception dénote une vaste expérience. Il n’est guère mon aîné, pourtant, que de deux ou trois ans ; sa hardiesse de vues m’étonne et je suis surpris de la netteté et de la sûreté de son jugement. D’où vient, chez le juif, cette précocité de pénétration ? Je ne lui vois qu’une seule cause : l’observation, par l’Israélite, d’une règle religieuse en même temps qu’hygiénique, qui lui permet de contempler le monde sans aucun trouble, de conclure et d’apprendre à raisonner