Page:Darien - Le Voleur, Stock, 1898.djvu/441

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XXIX

SI LES FEMMES SAVAIENT S’Y PRENDRE…


J’aurais mieux fait, certainement, de ne pas aller voir Hélène. J’y ai été poussé par une force qu’une autre force semblait désavouer en moi, machinalement, lourdement incertain du résultat d’une tentative que je risquais presque malgré moi, avec une sorte de conviction désespérée de l’inutilité de l’effort. Je ne me rappelle plus ce que j’ai dit, ni comment j’ai parlé. J’ai raconté des choses vagues sur ma nouvelle situation, mon désir de mener une existence calme… et je sentais le regard narquois d’Hélène peser sur moi, je voyais le pli de l’ironie se creuser à ses lèvres, et j’avais soif que son rire éclatât, que ses sarcasmes vinssent m’arracher à moi-même, me délivrassent de la torpeur morale qui engourdissait ma volonté.

Mais elle a laissé tomber une à une mes paroles sans couleur et, quand j’ai eu fini, m’a répondu sur le même ton. Elle m’a parlé de ses affaires qui n’allaient pas trop mal, sans aller tout à fait bien ; de ses projets sur lesquels il était inutile de s’étendre, car il faudrait sans doute les modifier plusieurs fois ; de ses espoirs