Page:Darien - Le Voleur, Stock, 1898.djvu/84

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V

OÙ COURT-IL ?


— Naturellement, si vous essayez d’expliquer ça à un gendarme, il y a fort à parier qu’il vous prendra pour un aliéné dangereux. Mais il n’en est pas moins vrai que le voleur, c’est l’Atlas qui porte le monde moderne sur ses épaules. Appelez-le comme vous voudrez : banquier véreux, chevalier d’industrie, accapareur, concussionnaire, cambrioleur, faussaire ou escroc, c’est lui qui maintient le globe en équilibre ; c’est lui qui s’oppose à ce que la terre devienne définitivement un grand bagne dont les forçats seraient les serfs du travail et dont les garde-chiourmes seraient les usuriers. Le voleur seul sait vivre ; les autres végètent. Il marche, les autres prennent des positions. Il agit, les autres fonctionnent.

— Et leurs fonctions consistent à voler, dis-je.

— Si l’on veut pousser les choses à l’extrême, certainement, répond Issacar en allumant une cigarette. Mais pourquoi hyperboliser ? Il est bien évident que l’homme, en général, est avide de gains illicites et que le petit nombre de ceux qui n’ont pas assez d’audace