Page:Darwin - L’Origine des espèces (1906).djvu/206

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
188 Difficultés de la théorie.  

intermédiaires à une extermination accidentelle ; mais il est, en outre, presque certain qu’elles doivent disparaître devant les formes qu’elles relient à mesure que l’action de la sélection naturelle se fait sentir davantage ; les formes extrêmes, en effet, comprenant un plus grand nombre d’individus, présentent en moyenne plus de variations et sont, par conséquent, plus sensibles à l’action de la sélection naturelle, et plus disposées à une amélioration ultérieure.

Enfin, envisageant cette fois non pas un temps donné, mais le temps pris dans son ensemble, il a dû certainement exister, si ma théorie est fondée, d’innombrables variétés intermédiaires reliant intimement les unes aux autres les espèces d’un même groupe ; mais la marche seule de la sélection naturelle, comme nous l’avons fait si souvent remarquer, tend constamment à éliminer les formes parentes et les chaînons intermédiaires. On ne pourrait trouver la preuve de leur existence passée que dans les restes fossiles qui, comme nous essayerons de le démontrer dans un chapitre subséquent, ne se conservent que d’une manière extrêmement imparfaite et intermittente.

DE L’ORIGINE ET DES TRANSITIONS DES ÊTRES ORGANISÉS AYANT UNE CONFORMATION ET DES HABITUDES PARTICULIÈRES.

Les adversaires des idées que j’avance ont souvent demandé comment il se fait, par exemple, qu’un animal carnivore terrestre ait pu se transformer en un animal ayant des habitudes aquatiques ; car comment cet animal aurait-il pu subsister pendant l’état de transition ? Il serait facile de démontrer qu’il existe aujourd’hui des animaux carnivores qui présentent tous les degrés intermédiaires entre des mœurs rigoureusement terrestres et des mœurs rigoureusement aquatiques ; or, chacun d’eux étant soumis à la lutte pour l’existence, il faut nécessairement qu’il soit bien adapté à la place qu’il occupe dans la nature. Ainsi, le Mustela vison de l’Amérique du Nord a les pieds palmés et ressemble à la loutre par sa fourrure, par ses pattes courtes et par la forme de sa queue. Pendant l’été, cet animal se nourrit de poissons et plonge pour s’en emparer ; mais, pendant le long hiver des ré-