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250 Objections diverses.  

veloppées que chez le canard commun ; mais je ne sais pas si ces espèces se servent de leur bec pour filtrer l’eau.

Passons à un autre groupe de la même famille. Le bec de l’oie égyptienne (Chenalopex) ressemble beaucoup à celui du canard commun ; mais les lamelles sont moins nombreuses, moins distinctes et font moins saillie en dedans ; cependant, comme me l’apprend M. E. Bartlett, cette oie « se sert de son bec comme le canard, et rejette l’eau au dehors par les coins ». Sa nourriture principale est toutefois l’herbe qu’elle broute comme l’oie commune, chez laquelle les lamelles presque confluentes de la mâchoire supérieure sont beaucoup plus grossières que chez le canard commun ; il y en a vingt-sept de chaque côté et elles se terminent au-dessus en protubérances dentiformes. Le palais est aussi couvert de boutons durs et arrondis. Les bords de la mâchoire inférieure sont garnis de dents plus proéminentes, plus grossières et plus aiguës que chez le canard. L’oie commune ne filtre pas l’eau ; elle se sert exclusivement de son bec pour arracher et pour couper l’herbe, usage auquel il est si bien adapté que l’oiseau peut tondre l’herbe de plus près qu’aucun autre animal. Il y a d’autres espèces d’oies, à ce que m’apprend M. Bartlett, chez lesquelles les lamelles sont moins développées que chez l’oie commune.

Nous voyons ainsi qu’un membre de la famille des canards avec un bec construit comme celui de l’oie commune, adapté uniquement pour brouter, ou ne présentant que des lamelles peu développées, pourrait, par de légers changements, se transformer en une espèce ayant un bec semblable à celui de l’oie d’Égypte — celle-ci à son tour en une autre ayant un bec semblable à celui du canard commun — et enfin en une forme analogue au souchet, pourvue d’un bec presque exclusivement adapté à la filtration de l’eau, et ne pouvant être employé à saisir ou à déchirer des aliments solides qu’avec son extrémité en forme de crochet. Je peux ajouter que le bec de l’oie pourrait, par de légers changements, se transformer aussi en un autre pourvu de dents recourbées, saillantes, comme celles du merganser (de la même famille), servant au but fort différent de saisir et d’assurer la prise du poisson vivant.

Revenons aux baleines. L’Hyperodon bidens est dépourvu de