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252 Objections diverses.  

ils sont en face l’un de l’autre ; le corps est alors symétrique et les deux côtés sont également colorés. Bientôt, l’œil propre au côté inférieur se transporte lentement autour de la tête pour aller s’établir sur le côté supérieur, mais il ne passe pas à travers le crâne, comme on le croyait autrefois. Il est évident que si cet œil inférieur ne subissait pas ce transport, il serait inutile pour le poisson alors qu’il occupe sa position habituelle, c’est-à-dire qu’il est couché sur le côté ; il serait, en outre, exposé à être blessé par le fond sablonneux. L’abondance extrême de plusieurs espèces de soles, de plies, etc., prouve que la structure plate et non symétrique des pleuronectes est admirablement adaptée à leurs conditions vitales. Les principaux avantages qu’ils en tirent paraissent être une protection contre leurs ennemis, et une grande facilité pour se nourrir sur le fond. Toutefois, comme le fait remarquer Schiödte, les différents membres de la famille actuelle présentent « une longue série de formes passant graduellement de l’Hippoglossus pinguis, qui ne change pas sensiblement de forme depuis qu’il quitte l’œuf, jusqu’aux soles, qui dévient entièrement d’un côté ».

M. Mivart s’est emparé de cet exemple et fait remarquer qu’une transformation spontanée et soudaine dans la position des yeux est à peine concevable, point sur lequel je suis complètement de son avis. Il ajoute alors : « Si le transport de l’œil vers le côté opposé de la tête est graduel, quel avantage peut présenter à l’individu une modification aussi insignifiante ? Il semble même que cette transformation naissante a dû plutôt être nuisible. » Mais il aurait pu trouver une réponse à cette objection dans les excellentes observations publiées en 1867 par M. Malm. Les pleuronectes très jeunes et encore symétriques, ayant les yeux situés sur les côtés opposés de la tête, ne peuvent longtemps conserver la position verticale, vu la hauteur excessive de leur corps, la petitesse de leurs nageoires latérales et la privation de vessie natatoire. Ils se fatiguent donc bientôt et tombent au fond, sur le côté. Dans cette situation de repos, d’après l’observation de Malm, ils tordent, pour ainsi dire, leur œil inférieur vers le haut, pour voir dans cette direction, et cela avec une vigueur qui entraîne une forte pression de l’œil contre la partie supérieure de l’orbite. Il devient alors très apparent que la partie du front