Page:Darwin - L’Origine des espèces (1906).djvu/461

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
  Dispersion pendant la période glaciaire. 443

assez bien adaptée à sa nouvelle patrie pour s’y naturaliser ; mais ceci ne serait point, à mon avis, un argument valable contre ce qui a pu être effectué par des moyens occasionnels de transport dans le cours si long des époques géologiques, pendant le lent soulèvement d’une île et avant qu’elle fût suffisamment peuplée. Sur un terrain encore stérile, que n’habite aucun insecte ou aucun oiseau destructeur, une graine, une fois arrivée, germerait et survivrait probablement, à condition toutefois que le climat ne lui soit pas absolument contraire.

DISPERSION PENDANT LA PÉRIODE GLACIAIRE.

L’identité de beaucoup de plantes et d’animaux qui vivent sur les sommets de chaînes de montagnes, séparées les unes des autres par des centaines de milles de plaines, dans lesquelles les espèces alpines ne pourraient exister, est un des cas les plus frappants d’espèces identiques vivant sur des points très éloignés, sans qu’on puisse admettre la possibilité de leur migration de l’un à l’autre de ces points. C’est réellement un fait remarquable que de voir tant de plantes de la même espèce vivre sur les sommets neigeux des Alpes et des Pyrénées, en même temps que dans l’extrême nord de l’Europe ; mais il est encore bien plus extraordinaire que les plantes des montagnes Blanches, aux États-Unis, soient toutes semblables à celles du Labrador et presque semblables, comme nous l’apprend Asa Gray, à celles des montagnes les plus élevées de l’Europe. Déjà, en 1747, l’observation de faits de ce genre avait conduit Gmelin à conclure à la création indépendante d’une même espèce en plusieurs points différents ; et peut-être aurait-il fallu nous en tenir à cette hypothèse, si les recherches d’Agassiz et d’autres n’avaient appelé une vive attention sur la période glaciaire, qui, comme nous allons le voir, fournit une explication toute simple de cet ordre de faits. Nous avons les preuves les plus variées, organiques et inorganiques, que, à une période géologique récente, l’Europe centrale et l’Amérique du Nord subirent un climat arctique. Les ruines d’une maison consumée par le feu ne racontent pas plus clairement la catastrophe qui l’a détruite que les montages de l’Écosse et du pays de Galles, avec leurs flancs labourés, leurs surfaces polies et