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528 Affinités mutuelles des êtres organisés.  

tres, les crustacés d’eau douce, les araignées et quelques membres de la grande classe des insectes. Pourquoi, dans ces groupes, les jeunes ne subissent-ils aucune métamorphose ? Cela doit résulter des raisons suivantes : d’abord, parce que les jeunes doivent de bonne heure suffire à leurs propres besoins, et ensuite, parce qu’ils suivent le même genre de vie que leurs parents ; car, dans ce cas, leur existence dépend de ce qu’ils se modifient de la même manière que leurs parents. Quant au fait singulier qu’un grand nombre d’animaux terrestres et fluviatiles ne subissent aucune métamorphose, tandis que les représentants marins des mêmes groupes passent par des transformations diverses, Fritz Müller a émis l’idée que la marche des modifications lentes, nécessaires pour adapter un animal à vivre sur terre ou dans l’eau douce au lieu de vivre dans la mer, serait bien simplifiée s’il ne passait pas par l’état de larve ; car il n’est pas probable que des places bien adaptées à l’état de larve et à l’état parfait, dans des conditions d’existence aussi nouvelles et aussi modifiées, dussent se trouver inoccupées ou mal occupées par d’autres organismes. Dans ce cas, la sélection naturelle favoriserait une acquisition graduelle de plus en plus précoce de la conformation adulte, et le résultat serait la disparition de toutes traces des métamorphoses antérieures.

Si, d’autre part, il était avantageux pour le jeune animal d’avoir des habitudes un peu différentes de celles de ses parents, et d’être, en conséquence, conformé un peu autrement, ou s’il était avantageux pour une larve, déjà différente de sa forme parente, de se modifier encore davantage, la sélection naturelle pourrait, en vertu du principe de l’hérédité à l’âge correspondant, rendre le jeune animal ou la larve de plus en plus différent de ses parents, et cela à un degré quelconque. Les larves pourraient encore présenter des différences en corrélation avec les diverses phases de leur développement, de sorte qu’elles finiraient par différer beaucoup dans leur premier état de ce qu’elles sont dans le second, comme cela est le cas chez un grand nombre d’animaux. L’adulte pourrait encore s’adapter à des situations et à des habitudes pour lesquelles les organes des sens ou de la locomotion deviendraient inutiles, auquel cas la métamorphose serait rétrograde.