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38 de la variation à l’état domestique.  

les types de plusieurs plantes utiles ; mais ces plantes indigènes n’ont pas été améliorées par une sélection continue, et elles n’ont pas été amenées, par conséquent, à un état de perfection comparable à celui qu’ont atteint les plantes cultivées dans les pays les plus anciennement civilisés.

Quant aux animaux domestiques des peuples sauvages, il ne faut pas oublier qu’ils ont presque toujours, au moins pendant quelques saisons, à chercher eux-mêmes leur nourriture. Or, dans deux pays très différents sous le rapport des conditions de la vie, des individus appartenant à une même espèce, mais ayant une constitution ou une conformation légèrement différentes, peuvent souvent beaucoup mieux réussir dans l’un que dans l’autre ; il en résulte que, par un procédé de sélection naturelle que nous exposerons bientôt plus en détail, il peut se former deux sous-races. C’est peut-être là, ainsi que l’ont fait remarquer plusieurs auteurs, qu’il faut chercher l’explication du fait que, chez les sauvages, les animaux domestiques ont beaucoup plus le caractère d’espèces que les animaux domestiques des pays civilisés.

Si l’on tient suffisamment compte du rôle important qu’a joué le pouvoir sélectif de l’homme, on s’explique aisément que nos races domestiques, et par leur conformation, et par leurs habitudes, se soient si complètement adaptées à nos besoins et à nos caprices. Nous y trouvons, en outre, l’explication du caractère si fréquemment anormal de nos races domestiques et du fait que leurs différences extérieures sont si grandes, alors que les différences portant sur l’organisme sont relativement si légères. L’homme ne peut guère choisir que des déviations de conformation qui affectent l’extérieur ; quant aux déviations internes, il ne pourrait les choisir qu’avec la plus grande difficulté, on peut même ajouter qu’il s’en inquiète fort peu. En outre, il ne peut exercer son pouvoir sélectif que sur des variations que la nature lui a tout d’abord fournies. Personne, par exemple, n’aurait jamais essayé de produire un pigeon Paon, avant d’avoir vu un pigeon dont la queue offrait un développement quelque peu inusité ; personne n’aurait cherché à produire un pigeon Grosse-gorge, avant d’avoir remarqué une dilatation exceptionnelle du jabot chez un de ces oiseaux ; or, plus une déviation accidentelle présente un caractère anormal ou bizarre, plus