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  Récapitulation. 549

fossilifères assez épaisses pour résister aux dégradations futures n’ont pu, en règle générale, s’accumuler que là où d’abondants sédiments ont été déposés sur le fond d’une aire marine en voie d’affaissement. Pendant les périodes alternantes de soulèvement et de niveau stationnaire, le témoignage géologique est généralement nul. Pendant ces dernières périodes, il y a probablement plus de variabilité dans les formes de la vie, et, pendant les périodes d’affaissement, plus d’extinctions.

Quant à l’absence de riches couches fossilifères au-dessous de la formation cumbrienne, je ne puis que répéter l’hypothèse que j’ai déjà développée dans le neuvième chapitre, à savoir que, bien que nos continents et nos océans aient occupé depuis une énorme période leurs positions relatives actuelles, nous n’avons aucune raison d’affirmer qu’il en ait toujours été ainsi ; en conséquence, il se peut qu’il y ait au-dessous des grands océans des gisements beaucoup plus anciens qu’aucun de ceux que nous connaissons jusqu’à présent. Quant à l’objection soulevée par sir William Thompson, une des plus graves de toutes, que, depuis la consolidation de notre planète, le laps de temps écoulé a été insuffisant pour permettre la somme des changements organiques que l’on admet, je puis répondre que, d’abord, nous ne pouvons nullement préciser, mesurée en année, la rapidité des modifications de l’espèce, et, secondement, que beaucoup de savants sont disposés à admettre que nous ne connaissons pas assez la constitution de l’univers et de l’intérieur du globe pour raisonner avec certitude sur son âge.

Personne ne conteste l’imperfection des documents géologiques ; mais qu’ils soient incomplets au point que ma théorie l’exige, peu de gens en conviendront volontiers. Si nous considérons des périodes suffisamment longues, la géologie prouve clairement que toutes les espèces ont changé, et qu’elles ont changé comme le veut ma théorie, c’est-à-dire à la fois lentement et graduellement. Ce fait ressort avec évidence de ce que les restes fossiles que contiennent les formations consécutives sont invariablement beaucoup plus étroitement reliés les uns aux autres que ne le sont ceux des formations séparées par les plus grands intervalles.

Tel est le résumé des réponses que l’on peut faire et des ex-