Page:Daudet – Les Rois en exil – Éditons Lemerre.djvu/136

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vait à Élisée en passant par la bruyante flatterie de Boscovich. Il le regardait longuement, le rendait sans rien dire à son voisin, et comme le roi, du bout de la table, l’interpellait de son impertinente voix de nez :

— Vous ne riez pas, Méraut… ; il est pourtant gentil, mon syndic.

— Non, Monseigneur, je ne peux pas rire, répondit Méraut tristement… C’est le portrait de mon père.

À quelque temps de là, Élisée se trouva le témoin involontaire d’une scène qui acheva d’éclairer pour lui le caractère de Christian et ses rapports avec la reine. C’était un dimanche, après la messe. Le petit hôtel, avec une apparence de fête inusitée, ouvrait à deux battants sa grille de la rue Herbillon, toute la livrée sur pied et rangée en ligne dans l’antichambre du perron verdoyante comme une serre. La réception de ce jour-là était de la plus grande importance. On attendait une députation royaliste des membres de la Diète, l’élite et la fleur du parti, venant faire au roi hommage de fidélité, de dévouement, et se consulter avec lui sur les mesures à prendre pour une prochaine restauration. Un véritable événement, espéré, annoncé, et dont la solennité s’égayait d’un magnifique soleil d’hiver dorant et tiédissant la solitude vaste du salon de réception, le haut fauteuil du roi préparé comme