Page:Daudet – Les Rois en exil – Éditons Lemerre.djvu/438

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


ses aventures, et M. le comte dès le premier hiver eut quelques belles affaires en train.

On ne pouvait refuser à Christian l’entrée de ces salons qui lui avaient coûté si cher. D’abord ce titre de roi illustrait, garantissait la maison. Il y vint donc lâchement, avec le vague espoir d’arriver de nouveau au cœur de la comtesse, non plus par le grand perron, mais par les petites entrées de l’escalier de service. Après s’être complu quelque temps dans ce rôle de dupe ou de victime, s’être montré tous les huit jours, aussi blanc de linge que de visage, dans une embrasure dorée où le surveillaient, le clouaient, les yeux virants de Tom Lévis, il se découragea, ne revint plus, courut les filles pour s’étourdir. Comme tous les hommes à la recherche d’un type une fois perdu, il s’égara partout, descendit bas, très bas, guidé par ce Lebeau, habitué du vice parisien, qui souvent au matin apportait la valise de son maître en d’étranges bouges. Une vraie dégringolade plus facile de jour en jour à cette âme molle de voluptueux, et dont son triste et calme intérieur n’était pas fait pour le détourner. On s’amusait si peu rue Herbillon, maintenant qu’il n’y avait plus là ni Méraut ni la princesse. Léopold V se remettait lentement, confié pour les travaux de la convalescence à madame Éléonore de Silvis, qui pouvait enfin appliquer les préceptes de