Page:Daudet - Jack, II.djvu/360

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pied du lit sans oser avancer, deux figures du peuple, un peu communes et bonnes, qui lui sourient. Il n’a pas d’autres parents que ceux-là, pas d’autres amis. Ce sont les seuls qui ne lui aient jamais fait de mal.

— Eh bien ! comment que ça va ?… Ça va-t-il un petit peu mieux ? demanda Bélisaire, à qui l’on a appris que le camarade était perdu, et qui cache sa grande envie de pleurer sous un air tout à fait joyeux. Madame Bélisaire pose sur la planchette, près de Jack, deux belles oranges qu’elle a apportées ; puis, après qu’elle lui a donné des nouvelles de l’enfant à grosse tête, elle s’assied en visite dans la ruelle avec son mari qui ne souffle mot. Jack ne parle pas non plus. Il a les yeux ouverts et fixes. À quoi pense-t-il ?… Il n’y a qu’une mère pour le deviner.

— Dites donc, Jack, lui demande tout à coup madame Bélisaire, si j’allais chercher votre maman ?

Son regard éteint s’allume et fixe en souriant la brave femme… Oui, c’est bien cela qu’il veut. À présent qu’il sait qu’il va mourir, il oublie tout ce que sa mère lui a fait. Il a besoin de l’avoir là, de se serrer contre elle. Et déjà madame Bélisaire s’élance ; mais le camelot la retient, et tout bas un conciliabule animé a lieu au pied du lit. Le mari ne veut pas que sa femme aille là-bas. Il sait qu’elle est en colère contre « la belle madame, » qu’elle déteste l’homme aux moustaches, et que, si on ne la laisse pas entrer, elle va crier, tempêter, qui sait ? peut-être se faire mettre au poste. La