Page:Daudet - Le Nabab, Charpentier, 1878.djvu/292

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« C’est mon dernier mot.

— Eh bien ! nous verrons », dit le beau Moëssard dont la badine fendit l’air avec un sifflement de vipère ; et, tournant sur ses talons, il s’éloigna à grands pas, comme un homme qu’on attend quelque part pour une besogne très pressée.

Jansoulet continua sa marche triomphale. Ce jour-là, il lui en aurait fallu bien plus pour déranger l’équilibre de son bonheur ; au contraire, il se sentait réconforté par l’exécution si vivement faite.

L’immense vestibule était encombré d’une foule compacte que l’approche de la fermeture poussait dehors mais qu’une de ces ondées subites qui semblent faire partie de l’ouverture du salon retenait sous le porche au terrain battu et sablonneux pareil à cette entrée du Cirque où les gilets en cœur se pavanent. Le coup d’œil était curieux, bien parisien.

Au-dehors, de grands rais de soleil traversant la pluie accrochant à ses filets limpides ces lames aiguës et brillantes qui justifient le proverbe : « Il pleut des hallebardes », la jeune verdure des Champs-Élysées, les massifs de rhododendrons bruissants et mouillés, les voitures rangées sur l’avenue, les manteaux cirés des cochers, tout le splendide harnachement des chevaux recevant de l’eau et des rayons un surcroît de richesse et d’effet, et mirant de partout du bleu, le bleu d’un ciel qui va sourire entre l’écart de deux averses.

Au-dedans, des rires, des bavardages, des bonjours des impatiences, des jupes retroussées, des satins bouffants sur le fin plissage des jupons et les rayures tendres des bas de soie, des flots de franges, de dentelles, de volants retenus d’une main en paquets trop lourds chiffonnés à la diable… Puis, pour relier les deux côtés