Page:Daudet - Le Nabab, Charpentier, 1878.djvu/7

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silhouette qui ne soit devenu motif à allusions, à protestations. L’auteur a beau se défendre, jurer ses grands dieux que son roman n’a pas de clé, chacun lui en forge au moins une, à l’aide de laquelle il prétend ouvrir cette serrure à combinaison. Il faut que tous ces types aient vécu, comment donc ! qu’ils vivent encore, identiques de la tête aux pieds… Monpavon est un tel, n’est-ce pas ?… La ressemblance de Jenkins est frappante… Celui-ci se fâche d’en être, tel autre de n’en être pas, et cette recherche du scandale aidant, il n’est pas jusqu’à des rencontres de noms, fatales dans le roman moderne, des indications de rues, des numéros de maisons choisis au hasard, qui n’aient servi à donner une sorte d’identité à des êtres bâtis de mille pièces et en définitive absolument imaginaires.

L’auteur a trop de modestie pour prendre tout ce bruit à son compte. Il sait la part qu’ont eue dans cela les indiscrétions amicales ou perfides des journaux ; et sans remercier les uns plus qu’il ne convient, sans en vouloir aux autres outre mesure, il se résigne à sa tapageuse aventure comme à une chose inévitable et tient seulement à honneur d’affirmer, sur vingt ans de travail et de probité littéraires, que cette fois, pas plus que les autres, il n’avait cherché cet élément de succès. En feuilletant ses souvenirs, ce qui est le droit et le devoir de tout romancier, il s’est rappelé un singulier épisode du Paris cosmopolite d’il y a quinze ans. Le romanesque d’une existence éblouissante et rapide, traversant en météore le ciel parisien, a évidemment servi