Page:Daudet - Le Nabab, Charpentier, 1878.djvu/81

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bérante. Mais il paraît que le baron ne tenait pas à un rapprochement ; car, malgré la promesse qu’il avait faite à Jenkins, sa femme arrivait seule, au grand dépit de l’Irlandais.

C’était une longue, mince, frêle personne, aux sourcils en plumes d’oiseau, l’air jeune et intimidé, trente ans qui en paraissaient vingt, coiffée d’herbes et d’épis tombants dans des cheveux très noirs criblés de diamants. Avec ses longs cils sur ses joues blanches de cette limpidité de teint des femmes longtemps cloîtrées, un peu gênée dans sa toilette parisienne, elle ressemblait moins à une ancienne femme de harem qu’à une religieuse ayant renoncé à ses vœux et retournant au monde. Quelque chose de dévot, de confit dans le maintien, une certaine façon ecclésiastique de marcher en baissant les yeux, les coudes à la taille, les mains croisées, des manières qu’elle avait prises dans le milieu très pratiquant où elle vivait depuis sa conversion et son récent baptême, complétaient cette ressemblance. Et vous pensez si la curiosité mondaine s’empressait autour de cette ancienne odalisque devenue catholique fervente, s’avançant escortée d’une figure livide de sacristain à lunettes, maître Le Merquier, député de Lyon, l’homme d’affaires d’Hemerlingue, qui accompagnait la baronne quand le baron « était un peu souffrant », comme ce soir.

À leur entrée dans le second salon le Nabab vint droit à elle, croyant voir apparaître à la suite la figure bouffie de son vieux camarade, auquel il était convenu qu’il irait tendre la main. La baronne l’aperçut, devint encore plus blanche. Un éclair d’acier filtra sous ses longs cils. Ses narines s’ouvrirent, palpitèrent, et comme Jansoulet s’inclinait, elle pressa le pas, la tête