Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/184

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III.


Ma mère Jacques


Jacques a fini son odyssée, maintenant c’est le tour de la mienne. Le feu qui meurt a beau nous faire signe : « Allez vous coucher, mes enfants », les bougies ont beau crier : « Au lit ! au lit ! Nous sommes brûlées jusqu’aux bobèches. — On ne vous écoute pas », leur dit Jacques en riant, et notre veillée continue.

Vous comprenez ! ce que je raconte à mon frère l’intéresse beaucoup. C’est la vie du petit Chose au collège de Sarlande ; cette triste vie que le lecteur se rappelle sans doute. Ce sont les enfants laids et féroces, les persécutions, les haines, les humiliations, les clefs de M. Viot toujours en colère, la petite chambre sous les combles où l’on étouffait, les trahisons, les nuits de larmes ; et puis aussi ─ car Jacques est si bon qu’on peut tout lui dire ─ ce sont les débauches du café Barbette, l’absinthe avec les caporaux, les dettes, l’abandon de soi-