Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/230

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VII


LA ROSE ROUGE ET LES YEUX NOIRS


Après cette première visite à l’ancienne maison Lalouette, je restai quelque temps sans retourner là-bas. Jacques, lui, continuait fidèlement ses pèlerinages du dimanche, et chaque fois il inventait quelque nouveau nœud de cravate rempli de séduction… C’était tout un poëme, la cravate de Jacques, un poëme d’amour ardent et contenu, quelque chose comme un selam d’Orient, un de ces bouquets de fleurs emblématiques que les Bach’agas offrent à leurs amoureuses et auxquels ils savent faire exprimer toutes les nuances de la passion.

Si j’avais été femme, la cravate de Jacques avec ses mille nœuds qu’il variait à l’infini m’aurait plus touché qu’une déclaration. Mais voulez-vous que je vous dise ! les femmes n’y entendent rien… Tous les dimanches, avant de partir, le pauvre amoureux ne manquait pas de me dire : « Je vais là-bas, Daniel… viens-tu ? » Et moi, je répondais