Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/24

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


Malheureusement nous étions loin ; le capitaine criait : « Dépêchons-nous. »

— Nous viendrons le chercher demain, dit M. Eyssette, sur les bateaux, rien ne s’égare. Et là-dessus, malgré mes larmes, il m’entraîna. Pécaïre ! le lendemain on l’envoya chercher et on ne le trouva pas… Jugez de mon désespoir : plus de Vendredi ! plus de perroquet ! Robinson n’était plus possible. Le moyen d’ailleurs, avec la meilleure volonté du monde, de se forger une île déserte, à un quatrième étage, dans une maison sale et humide, rue Lanterne ?

Oh ! l’horrible maison ! Je la verrai toute ma vie : l’escalier était gluant ; la cour ressemblait à un puits ; le concierge, un cordonnier, avait son échoppe contre la pompe… C’était hideux.

Le soir de notre arrivée, la vieille Annou, en s’installant dans sa cuisine, poussa un cri de détresse :

— Les babarottes ! les babarottes !

Nous accourûmes. Quel spectacle !… La cuisine était pleine de ces vilaines bêtes ; il y en avait sur la crédence, au long des murs, dans les tiroirs, sur la cheminée, dans le buffet, partout. Sans le vouloir, on en écrasait. Pouah ! Annou en avait déjà tué beaucoup ; mais plus elle en tuait, plus il en venait. Elles arrivaient par le trou de l’évier ; on boucha le trou de l’évier ; mais le lendemain soir elles revinrent par un autre endroit, on ne sait d’où. Il fallut avoir un chat exprès pour les tuer, et toutes les nuits c’était dans la cuisine une effroyable boucherie.