Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/265

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venait de rentrer chez elle, entama son interminable chanson… Tolocototignan ! tolocototignan ! … Jacques se mit à rire : « Tu ne sais pas, me dit-il à voix basse, les yeux noirs sont jaloux de notre voisine. Ils croient qu’elle est leur rivale… J’ai eu beau dire ce qu’il en était, on n’a pas voulu m’entendre… Les yeux noirs jaloux de Coucou-Blanc ! c’est drôle, n’est-ce pas ? » Je fis semblant de rire comme lui ; mais dans moi-même, j’étais plein de honte en songeant que c’était bien ma faute si les yeux noirs étaient jaloux de Coucou-Blanc.

Le lendemain, dans l’après-midi, je m’en allai passage du Saumon. J’aurais voulu monter tout droit au quatrième et parler aux yeux noirs avant de voir Pierrotte ; mais le Cévenol me guettait à la porte du passage, et je ne pus l’éviter. Il fallut entrer dans la boutique et m’asseoir à côté de lui, derrière le comptoir. De temps en temps, un petit air de flûte nous arrivait discrètement de l’arrière-magasin.

— Monsieur Daniel, me dit le Cévenol avec une assurance de langage et une facilité d’élocution que je ne lui avais jamais connues, ce que je veux savoir de vous est très simple, et je n’irai pas par quatre chemins. C’est bien le cas de le dire… la petite vous aime d’amour… Est-ce que vous l’aimez vraiment vous aussi ?

— De toute mon âme, monsieur Pierrotte.

— Alors, tout va bien. Voici ce que j’ai à vous proposer… Vous êtes trop jeune et la petite aussi