Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/269

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Lorsque au retour de cette ennuyeuse soirée, je racontai à ma mère Jacques les propositions de Pierrotte, il en fut encore plus indigné que moi :

— Daniel Eyssette, marchand de porcelaine !… Par exemple je voudrais bien voir cela ! disait le brave garçon tout rouge de colère… C’est comme si on proposait à Lamartine de vendre des paquets d’allumettes, ou à Sainte-Beuve de débiter des petits balais de crin… Vieille bête de Pierrotte, va !… Après tout, il ne faut pas lui en vouloir ; il ne sait pas, ce pauvre homme. Quand il verra le succès de ton livre et les journaux tout remplis de toi, il changera joliment de gamme.

— Sans doute, Jacques ; mais pour que les journaux parlent de moi, il faut que mon livre paraisse, et je vois bien qu’il ne paraîtra pas… Pourquoi ?… Mais, mon cher, parce que je ne peux pas mettre la main sur un éditeur et que ces gens-là ne sont jamais chez eux pour les poëtes. Le grand Baghavat lui-même est obligé d’imprimer ses vers à ses frais.

— Eh bien, nous ferons comme lui, dit Jacques en frappant du poing sur la table ; nous imprimerons à nos frais.

Je le regarde avec stupéfaction :

— À nos frais…

— Oui, mon petit, à nos frais… Tout juste, le marquis fait imprimer en ce moment le premier volume de ses mémoires… Je vois son imprimeur tous les jours… C’est un Alsacien qui a le nez rouge et l’air bon enfant. Je suis sûr qu’il nous fera