Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/305

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de réponse. On est venu me voir, je me suis caché. Comment pourrait-on me pardonner ?… Pierrotte était assis sur son comptoir. Il avait l’air triste. Je suis resté un moment à le regarder, debout contre la vitre, puis je me suis enfui pleurant.

« La nuit venue, je suis rentré. J’ai pleuré longtemps à la fenêtre ; après quoi, j’ai commencé à t’écrire. Je t’écrirai ainsi toute la nuit. Il me semble que tu es là, que je cause avec toi, et cela me fait du bien.

« Quel monstre que cette femme ! Comme elle était sûre de moi ! Comme elle me croyait bien son jouet, sa chose !… Comprends-tu ? m’emmener jouer la comédie dans la banlieue !… Conseille-moi Jacques, je m’ennuie, je souffre… Elle m’a fait bien du mal, vois-tu ! je ne crois plus en moi, je doute, j’ai peur. Que faut-il faire ?… travailler ?… Hélas ! elle a raison, je ne suis pas poëte, mon livre ne s’est pas vendu… Et pour payer, comment vas-tu faire ?…

« Toute ma vie est gâtée. Je n’y vois plus, je ne sais plus. Il fait noir… Il y a des noms prédestinés. Elle s’appelle Irma Borel. Borel, chez nous, ça veut dire bourreau… Irma Bourreau ! Comme ce nom lui va bien !… Je voudrais déménager. Cette chambre m’est odieuse… Et puis, je suis exposé à la rencontrer dans l’escalier… Par exemple, sois tranquille, si elle remonte jamais… Mais elle ne remontera pas… Elle m’a oublié. Les artistes sont là pour la consoler…

« Ah ! mon Dieu ! qu’est-ce que j’entends ?…