Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/313

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un effet. Sans le vouloir, il avait trouvé un effet.

La troupe dont ils faisaient partie desservait plusieurs communes. C’était une façon de troupe nomade, jouant tantôt à Grenelle, à Montparnasse, à Sèvres, à Sceaux, à Saint-Cloud. Pour aller d’un pays à l’autre, on s’entassait dans l’omnibus du théâtre, ─ un vieil omnibus café au lait traîné par un cheval phtisique. En route, on chantait, on jouait aux cartes. Ceux qui ne savaient pas leurs rôles se mettaient dans le fond et repassaient les brochures. C’était sa place à lui.

Il restait là, taciturne et triste comme sont les grands comiques, l’oreille fermée à toutes les trivialités qui bourdonnaient à ses côtés. Si bas qu’il fût tombé, ce cabotinage roulant était encore au-dessous de lui. Il avait honte en se trouver en pareille compagnie. Les femmes, de vieilles prétentions, fanées, fardées, maniérées, sentencieuses. Les hommes, des êtres communs, sans idéal, sans orthographe, des fils de coiffeurs ou de marchandes de frites, qui s’étaient faits comédiens par désœuvrement, par fainéantise, par amour du paillon, du costume, pour se montrer sur les planches en collant de couleur tendre et redingote à la Souwaroff, les Lovelaces de barrière, toujours préoccupés de leur tenue, dépensant leurs appointements en frisure, et vous disant, d’un air convaincu : « Aujourd’hui, j’ai bien travaillé, » quand il avait passé cinq heures à se faire une paire de bottes Louis XV avec deux mètres de papier verni… En