Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/46

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la misère… À présent, c’est fini, nous sommes embourbés… Pour sortir de là, nous n’avons qu’un parti à prendre, maintenant que vous voilà grandis : vendre le peu qui nous reste et chercher notre vie chacun de notre côté. »

Un nouveau sanglot de l’invisible Jacques vint interrompre M. Eyssette ; mais il était tellement ému lui-même qu’il ne se fâcha pas. Il fit seulement signe à Daniel de fermer la porte, et, la porte fermée, il reprit :

« Voici donc ce que j’ai décidé : jusqu’à nouvel ordre, ta mère va s’en aller vivre dans le Midi, chez son frère, l’oncle Baptiste. Jacques restera à Lyon ; il a trouvé un petit emploi au mont-de-piété. Moi, j’entre commis voyageur à la Société vinicole… Quant à toi, mon pauvre enfant, il va falloir aussi que tu gagnes ta vie… Justement, je reçois une lettre du recteur qui te propose une place de maître d’étude ; tiens, lis ! »

Le petit Chose prit la lettre.

« D’après ce que je vois, dit-il tout en lisant, je n’ai pas de temps à perdre.

— Il faudrait partir demain.

— C’est bien, je partirai… »

Là-dessus le petit Chose replia la lettre et la rendit à son père d’une main qui ne tremblait pas. C’était un grand philosophe, comme vous voyez.

À ce moment, Mme Eyssette entra dans le magasin, puis Jacques timidement derrière elle… Tous deux s’approchèrent du petit Chose et l’embrassèrent