Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/54

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Quel dommage ! on était si bien !… On avait tant de choses à se raconter encore !… Enfin, puisqu’il le faut, puisque M. Daniel a quelqu’un de la ville à voir, ses amis du Tour de France ne veulent pas le retenir plus longtemps… « Bon voyage, monsieur Daniel ! Dieu vous conduise, notre cher maître ! » Et jusqu’au milieu de la rue, Jean Peyrol et sa femme l’accompagnent de leurs bénédictions.

Or savez-vous quel est ce quelqu’un de la ville que le petit Chose veut voir avant de partir ?…

C’est la fabrique, cette fabrique qu’il aimait tant et qu’il a tant pleurée !… c’est le jardin, les ateliers, les grands platanes, tous les amis de son enfance, toutes ses joies du premier jour… Que voulez-vous ? Le cœur de l’homme a de ces faiblesses ; il aime ce qu’il peut, même du bois, même des pierres, même une fabrique… D’ailleurs, l’histoire est là pour vous dire que le vieux Robinson, de retour en Angleterre, reprit la mer, et fit je ne sais combien de mille lieues pour revoir son île déserte.

Il n’est donc pas étonnant que, pour revoir la sienne, le petit Chose fasse quelques pas.

Déjà les grands platanes, dont la tête empanachée regarde par-dessus les maisons, ont reconnu leur ancien ami qui vient vers eux à toutes jambes. De loin ils lui font signe et se penchent les uns vers les autres, comme pour se dire : Voilà Daniel Eyssette ! Daniel Eyssette est de retour !

Et lui se dépêche, se dépêche ; mais, arrivé devant la fabrique, il s’arrête stupéfait…