Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/60

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du recteur et à l’honorabilité de ma famille, il consentait à me prendre chez lui, bien que ma grande jeunesse lui fît peur. Il entama ensuite de longues déclarations sur la gravité de mes nouveaux devoirs ; mais je ne l’écoutais plus. Pour moi, l’essentiel était qu’on ne me renvoyât pas ; j’étais heureux, follement heureux. J’aurais voulu que M. le principal eût mille mains et les lui embrasser toutes.

Un formidable bruit de ferraille m’arrêta dans mes effusions. Je me retournai vivement et me trouvai en face d’un long personnage, à favoris rouges, qui venait d’entrer dans le cabinet sans qu’on l’eût entendu : c’était le surveillant général.

Sa tête penchée sur l’épaule, à l’Ecce homo, il me regardait avec le plus doux des sourires, en secouant un trousseau de clefs de toutes dimensions, suspendu à son index. Le sourire m’aurait prévenu en sa faveur, mais les clefs grinçaient avec un bruit terrible ─ frinc ! frinc ! frinc ! ─ qui me fit peur.

— Monsieur Viot, dit le principal, voici le remplaçant de M. Serrières qui nous arrive.

M. Viot s’inclina et me sourit le plus doucement du monde. Ses clefs, au contraire, s’agitèrent d’un air ironique et méchant comme pour dire : « Ce petit homme-là remplacer M. Serrières ! allons donc ! allons donc ! »

Le principal comprit aussi bien que moi ce que les clefs venaient de dire, et ajouta avec un soupir : « Je sais qu’en perdant M. Serrières, nous faisons une perte presque irréparable (ici les clefs poussèrent