Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/74

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Alors on était au printemps… Quand je levais la tête, je voyais le ciel tout bleu et les grands arbres de la cour déjà couverts de feuilles. Au dehors pas de bruit. De temps en temps la voix monotone d’un élève récitant sa leçon, une exclamation de professeur en colère, une querelle sous le feuillage entre moineaux… puis, tout rentrait dans le silence, le collège avait l’air de dormir.

Le petit Chose, lui, ne dormait pas. Il ne rêvait pas même, ce qui est une adorable façon de dormir. Il travaillait, travaillait sans relâche, se bourrant de grec et de latin à se faire sauter la cervelle.

Quelquefois, au plein cœur de son aride besogne, un doigt mystérieux frappait à la porte.

— Qui est là ?

— C’est moi, la Muse, ton ancienne amie, la femme du cahier rouge, ouvre-moi vite, petit Chose.

Mais le petit Chose se gardait d’ouvrir. Il s’agissait bien de la Muse, ma foi !

Au diable le cahier rouge ! L’important pour le quart d’heure était de faire beaucoup de thèmes grecs, de passer licencié, d’être nommé professeur, et de reconstruire au plus vite un beau foyer tout neuf, pour la famille Eyssette.

Cette pensée que je travaillais pour la famille me donnait un grand courage et me rendait la vie plus douce. Ma chambre elle-même en était embellie… Oh ! mansarde, chère mansarde, quelles belles heures j’ai passées entre tes quatre murs ! Comme j’y travaillais bien ! Comme je m’y sentais brave !…