Page:Daudet - Sapho, 1884.djvu/109

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


Courbebaisse en chicard, et sa maîtresse, la Mornas, en marchande de chansons, un déguisement qui lui avait porté chance puisqu’elle était devenue une célébrité de café-concert. Lui-même, l’oncle, remorquait un petit chiffon du quartier que l’on appelait Pellicule… Et tout ragaillardi, il riait de la bouche jusqu’aux tempes, fredonnait des airs à danser, saisissait en mesure sa nièce par la taille. À minuit, quand il les quitta pour gagner l’hôtel Cujas, le seul qu’il connût dans Paris, il chantait à pleine gorge dans l’escalier, envoyait des baisers à sa nièce qui l’éclairait, et criait à Jean :

— Tu sais, prends garde à toi !…

Dès qu’il fut parti, Fanny dont le front gardait un pli préoccupé, passa vivement dans son cabinet de toilette et, par la porte restée entrouverte, pendant que Jean se couchait, elle commençait d’une voix presque insouciante.

— Dis donc, elle est très jolie, ta tante… ça ne m’étonne plus si tu en parlais si souvent… Vous avez dû lui en faire porter à ce pauvre Fénat, une tête à ça du reste…

Il protestait de toute son indignation…