Page:Daudet - Sapho, 1884.djvu/18

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de femmes qu’on entraînait d’une caresse.

Gaussin profitait du tumulte pour se glisser vers la sortie, quand son ami l’étudiant l’arrêta, ruisselant, les yeux en boule, une bouteille sous chaque bras : « Mais où êtes-vous donc ?… Je vous cherche partout… j’ai une table, des femmes, la petite Bachellery des Bouffes… En Japonaise, savez bien… Elle m’envoie vous chercher. Venez vite… » et il repartit en courant.

Le pifferaro avait soif ; puis l’ivresse du bal le tentait, et le minois de la petite actrice qui de loin lui faisait des signes. Mais une voix sérieuse et douce murmura près de son oreille : « N’y va pas… »

Celle de tout à l’heure était là, tout contre lui, l’entraînant dehors, et il la suivit sans hésiter. Pourquoi ? Ce n’était pas l’attrait de cette femme ; il l’avait à peine regardée, et l’autre là-bas qui l’appelait, dressant les couteaux d’acier de sa chevelure, lui plaisait bien davantage. Mais il obéissait à une volonté supérieure à la sienne, à la violence impétueuse d’un désir.