Page:Daveluy - L'esclave des Agniers, 1933.djvu/145

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Sur son lit de camp, Normanville aperçut tout de suite Charlot. Il dormait profondément. Il avait succombé à la fatigue, vêtu, casqué, armé prêt en un mot pour l’expédition projetée qui devait sauver, il l’espérait, son cher Normanville. Dans la main gauche, détails qui avaient si fort amusé Le Moyne, Charlot tenait une bonne miche de pain, et dans la droite, un gobelet d’étain à l’eau moitié renversée.

Normanville prit un siège et s’assit près de Charlot qui continuait à dormir paisiblement. Il examina les traits charmants de cette figure qui s’accusaient davantage maintenant. Ces deux années tristes et misérables chez les Iroquois avaient sculpté en force et en détermination ce front d’adolescent. Et le corps, malgré une maigreur qui faisait peine à voir semblait s’être musclé. C’était là maintenant, un homme, et un homme fort endurant et résolu qu’il avait devant lui. Mais qu’était devenu au moral, depuis deux ans, ce Charlot impétueux, un peu téméraire, au brave cœur un peu capricieux ? C’était cela surtout qu’il importait de savoir.

Comme si le jeune homme eut perçu la muette interrogation de Normanville, il plissa douloureusement le front, soudain, et ses lèvres laissèrent échapper quelques paroles incohérentes : « Lis-en-Fleur… oh ! revenez… Normanville, mon cher Normanville… il se