Page:Daveluy - L'esclave des Agniers, 1933.djvu/182

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Mais la foule soudain poussa un cri de détresse… « Le canot s’entr’ouvre… Mon Dieu ! Ils sont finis… Quel malheur ! »

Je n’en entendis pas davantage. Je m’évanouis, mon frère.

Lorsque je sortis de la nuit profonde que ma défaillance avait étendue autour de moi, je fus lente à tout me rappeler. Mon cœur me semblait pris dans un étau insupportable. Je bougeai, mais n’ouvris pas les yeux.

Mme de Cordé parla près de moi. Oh ! quelle voix tremblante et mouillée de larmes la douce protectrice de mon enfance fit entendre. Elle me fit tressaillir profondément et provoqua, je suis sûre, la terrible crise de larmes qui me sauva la vie…

La voix un peu chevrotante gémissait : « Commandant, notre pauvre petite revient à elle. Enfin !… Oh ! laissez-nous toutes deux. C’est sur mon cœur, mon vieux cœur qui connaît bien la douleur que je veux qu’elle s’éveille et se presse… Il faut qu’elle pleure…

« Oui, oui, criai-je, en me soulevant et en lui tendant les bras… votre Perrine souffre tant… tant… Oh ! Jean ! Jean ! mon bien-aimé !…

Et j’éclatai en sanglots violents, Charlot, des sanglots à vider tout mon cœur, tout mon esprit… puis la détente nerveuse s’étant produite… je m’endormis, la gorge toujours pleine de