Page:Daveluy - L'esclave des Agniers, 1933.djvu/184

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mort, pour être enterré en la résidence de Saint-Joseph de Sillery.[1]

Charlot, je clos ici ma lettre. Je te demande de revenir. J’ai besoin en ce moment de ta présence, de ton affection…

Le peux-tu, dis ?

Ah ! je le sais, ton cœur est pris, toi aussi… Mais amène ici cette bonne et fière petite Algonquine. À cause de toi, je la chérirai comme une sœur. Je veillerai, j’affinerai, j’ornerai, si elle le veut, son jeune esprit… Elle deviendra, j’en suis sure, et en peu de temps, digne de toi, de nous tous…

Reviens, Charlot, de grâce, reviens… coûte que coûte…

Ta Perrine
Les Trois-Rivières, 15 juin 1648.



Lorsque Charlot releva la tête, ayant fini de lire la touchante missive de sa sœur, sa pâleur, le trouble de ses yeux trahirent les plus vives les plus diverses émotions.

Mais ce ne fut que durant quelques instants. Une résolution ferme et courageuse pour lui, comme pour sa sœur, fit place et donna à tout son être un élan irrésistible. Il regarda le soleil. À considérer sa marche, il jugea qu’il pouvait être tout près de deux heures de relevée. Il mangea et but rapidement ; puis, en-

  1. Paroles authentiques, non du Père Buteau, cependant, mais du Père Jérôme Lallemant dans La Relation de 1648.