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Les aventures de Perrine et de Charlot

gène qui l’étouffe en ce moment. Le mutisme de Charlot a, cependant, un heureux effet : l’intérêt de chacun se porte bientôt ailleurs. L’enfant en profite pour déguerpir en toute hâte de la salle.

Le lendemain, les sauvages quittent l’auberge. On désire se rapprocher du Louvre et du roi. Charlot revoit au départ la vieille dame aux yeux compatissants. Elle lui sourit, s’approche, et en grand mystère, un doigt sur les lèvres, glisse dans sa poche, deux brioches croustillantes. Le bon petit cœur de Charlot se met à battre très vite. Les larmes montent à ses yeux. Il est si malheureux !… Si seul !… Depuis longtemps personne ne s’est penché avec tant de bonté vers lui. En un grand effort courageux, il se raidit et remercie d’un regard de ses yeux bleus. À une petite distance de l’auberge, Charlot se retourne et salue plusieurs fois de la main. La bonne dame est toujours là, et répond à ses signes d’amitié. « La reverrai-je, se dit Charlot en soupirant, je quitte sans cesse ceux que j’aime et qui m’aiment. » Et l’auberge où dans l’encadrement de la porte, apparaît la bienveillante hôtesse se fixe dans son esprit. Il reviendrait vers elle les yeux clos.

Un peu partout Charlot excite l’intérêt et une légère surprise, quoique jamais, avec les étrangers il n’ait desserré les dents. On veille si bien autour de lui. Et qu’on le déguise avec soin. Que d’huile on verse sur ses cheveux, jadis fins et bouclés ! Que de couleurs marbrent sa figure, ses bras, ses jambes !

Le capitaine huron s’irrite des marques de sympathie données à Charlot. La crainte d’être découvert et puni pour le vol de l’enfant ajoute à son mécontentement. Charlot se voit brutaliser. Les coups pleuvent. Et souvent, le corps